Sur une fiche produit, le mot « recyclé » travaille beaucoup. Accolé à une lame de clôture composite, il fait imaginer un matériau tiré de déchets, presque vertueux par nature. La réalité est plus intéressante et plus nuancée : une lame composite assemble deux matières que tout oppose, le bois et le plastique, tenues ensemble par une petite dose de chimie. Savoir lire cette recette aide à départager deux produits qui se ressemblent en photo, et à comprendre comment ils vieilliront.
Du bois, du plastique, et ce qui les fait tenir ensemble
La part de bois se présente sous forme de fibres ou de farine, obtenues en séchant et en broyant des sciures, des copeaux ou des chutes de scierie et de menuiserie. C’est elle qui donne à la lame sa rigidité et son aspect mat, proche du bois au toucher. Il s’agit en principe de sous-produits : la lame valorise ce que la filière bois rejette déjà.
Le plastique est un thermoplastique, souvent du polyéthylène, parfois du polypropylène ou du PVC. Il ramollit à la chaleur et durcit en refroidissant, ce qui permet de disperser les fibres dans la matière fondue puis de pousser le tout à travers une filière qui donne son profil à la lame : c’est l’extrusion. Le polyéthylène haute densité, ou PEHD, est celui de nombreux flacons de lessive et bouteilles de lait. En enrobant les fibres, il les protège de l’eau, et c’est ce qui rend la lame imputrescible.
Reste une petite part d’additifs, discrète sur les fiches mais déterminante pour la tenue dans le temps :
- des pigments, qui donnent la teinte ;
- des stabilisants anti-UV, qui ralentissent la décoloration ;
- des agents de couplage, qui font adhérer des fibres de bois avides d’eau à un plastique qui la repousse ;
- des lubrifiants, qui facilitent l’extrusion ;
- selon les fabricants, des antioxydants ou des agents contre les moisissures.
Les proportions varient d’un produit à l’autre. À titre d’exemple, la composition annoncée dans le catalogue McCover pour ses clôtures composites est d’environ 60 % de fibres de bois recyclé, 30 % de polyéthylène haute densité et 10 % d’additifs. En règle générale, plus la part de bois est élevée, plus la lame est rigide et proche du bois d’aspect, mais plus ses fibres de surface sont sensibles à l’humidité. Quand la part de plastique augmente, la lame gagne en souplesse et se dilate davantage à la chaleur.
Ce que « recyclé » veut dire, et ce qu’il ne dit pas
Bien souvent, l’adjectif porte sur le bois. Le plastique, lui, peut être neuf ou issu du recyclage d’emballages : les deux existent sur le marché, et l’information ne figure pas toujours en toutes lettres. Si ce point compte pour vous, la question mérite d’être posée au vendeur, au même titre que l’origine des fibres.
La fin de vie est l’autre angle mort. Une fois liés, le bois et le plastique ne se séparent plus. Une lame composite ne se brûle ni dans une cheminée ni au fond du jardin, puisqu’elle contient du plastique, et elle ne se composte pas. Certains fabricants rebroient leurs chutes de production pour les réintégrer dans de nouvelles lames, mais pour une clôture démontée chez un particulier, la destination la plus probable reste aujourd’hui la déchetterie.
Ce n’est pas une raison d’écarter le composite. Une clôture qui tient de longues années sans lasure, sans saturateur ni traitement fongicide a aussi son intérêt : moins de produits appliqués au fil du temps, moins de planches à remplacer. C’est en revanche une raison de se méfier d’un produit présenté comme « 100 % vert » sans plus d’explications.
Plein, alvéolaire, coextrudé : la recette ne fait pas tout
À composition égale, deux lames peuvent se comporter très différemment selon leur fabrication. Une lame alvéolaire est creusée de canaux sur toute sa longueur : plus légère, elle consomme moins de matière et se manipule plus facilement pendant la pose. Une lame pleine, plus lourde et plus dense, se recoupe sans laisser apparaître de cavités en bout.
La coextrusion change davantage la donne. Pendant la fabrication, une fine couche de polymère est extrudée en même temps que le cœur et vient l’envelopper. Les fibres de bois ne sont plus à la surface : la lame retient moins les taches, se nettoie plus facilement et garde mieux sa teinte. Sur une lame non coextrudée, les fibres affleurent, et un léger éclaircissement de la couleur au cours des premiers mois est fréquent avant que la teinte se stabilise. Quant aux lames réversibles, elles offrent deux faces utilisables, souvent avec deux finitions différentes, ce qui laisse choisir celle qui regardera la maison.
Pour comparer deux lames de clôture, posez trois questions précises au vendeur : quelle est la proportion de bois et de plastique, de quel plastique s’agit-il, et la lame est-elle coextrudée ? Un vendeur qui répond sans détour connaît son produit ; celui qui se contente de répéter « recyclé » vous en dit moins qu’il n’y paraît.